Cédric Pignat

Né en 1980 à Moudon, juriste de formation, Cédric Pignat enseigne le français, l’histoire et l’économie à Villeneuve. Après un premier livre Les Murènes (L’Aire, 2012), l’auteur confirme son talent avec son roman D’Ecosse.

 

D’Ecosse
Elles ne demandaient pas grand-chose. Du haut de leurs quinze ans, Merrin et Fay voulaient courir, boire et crayonner, fouiller le ventre d’Edimbourg et rester à l’écart, pour s’asseoir et se plaire, pour peut-être s’embrasser.
C’est pourtant leur corps qu’on découvre à l’aube dans le jardin botanique royal. L’une gît étranglée, comme morte par accident; l’autre n’a plus de visage.
D’Ecosse, toi, tu rentres à peine, fatigué des pas souffreteux de Robert Louis Stevenson, incapable de donner forme à tes notes.
Alors quoi? Tu vas froisser des feuilles, piétiner encore quelque temps, sans guère parler, sans rien ni dormir. Quelque chose te retient. C’est que Fay est belle comme un fruit, comme un personnage de roman. Tu vas la rêver, la caresser, coucher ses jours et sa mort, mais l’image t’en obsède.
Tu retournes en Ecosse; dans l’ombre de Stevenson, dans la ville qui a failli le tuer et qu’il a fini par quitter pour la Californie de John Steinbeck, pour rire ensemble et des chronologies; pour Fay, et voir sa mère, sa chambre, les livres et la tombe d’une fille qui lit trop, pour te perdre à ton tour et lui rendre un peu vie.