Metin Arditi

Metin Arditi a quitté la Turquie pour la Suisse à l'âge de sept ans. Il a étudié à l'École polytechnique fédérale de Lausanne et habite désormais à Genève où il est très engagé dans la vie culturelle et artistique. En 1988, il crée la Fondation Arditi qui attribue une quinzaine de prix annuels aux diplômés de l'Université de Genève et de l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne. Il est le fondateur en 2009 et le coprésident (avec Elias Sanbar) de la Fondation « Les Instruments de la Paix-Genève », qui favorise l'éducation musicale des enfants de Palestine et d'Israël. En décembre 2012, Metin Arditi a été nommé par l'UNESCO Ambassadeur de Bonne Volonté. En juin 2014, l'UNESCO l'a nommé Envoyé Spécial. Metin Arditi est également romancier.

 

Dictionnaire amoureux de la Suisse

" Qui suis-je pour écrire un tel dictionnaire ? Un Suisse à quatre sous, comme on dit ici. L'expression vient du fait que tout naturalisé doit payer sa dîme. Je suis né en Turquie. J'ai grandi au bord du lac Léman, à Paudex, petite, très petite commune vaudoise où mes parents m'ont placé en internat à l'âge de 7 ans. J'y suis resté jusqu'à la maturité (comme on appelle le baccalauréat suisse). Après mes études et quelques stages, je me suis installé à Genève, ville superbe que j'aime tant. Dire que ce pays m'a beaucoup donné serait dire peu. Il m'a comblé. Comment le remercier ?

Un mot de Saint Augustin nous est souvent servi pour nous donner bonne conscience. Ama et quod vis fac. Aime et fais ce qu'il te plaît, dit Augustin. Si tu aimes, tu feras juste. La citation mérite qu'on s'y arrête. En réalité, il s'agit d'une retro-traduction du français au latin, la langue dans laquelle Saint Augustin a écrit. Car l'un des termes n'est pas de lui. Pour le mot « aimer », il utilise le verbe diligere. La citation exacte est : Dilige et quod vis fac. Dilige, c'est à dire : aime, mais avec distance. Aime sans accaparer. C'est ainsi que je veux, que je dois aimer la Suisse si je veux m'acquitter de ma dette. Avec distance. En étranger. C'est donc en étranger que je veux aimer ma Suisse, décrire quelques aspects de mon pays qui n'est pas le mien. En étranger que j'espère faire découvrir au lecteur une Suisse paradoxale, tantôt d'une pièce tantôt de mille, souvent inattendue, toujours attachante. Certaines de ses facettes sont d'une simplicité absolue, d'autres insaisissables de complexité. Ensemble elles constituent un pays vibrant et beau, souvent secret, quelques fois imparfait. On l'aime alors encore plus, de la même manière qu'un homme s'attache aux défauts d'une femme presque parfaite, car ce sont eux qui lui donnent son humanité."