La Scandinavie, hôte d’honneur.

Au commencement fut... la saga !
Comme il est curieux de penser que dans notre langue où il existe tant de termes pour évoquer les différentes formes du récit, le mot saga nous arrive du vieux norrois, langue scandinave médiévale.
Quel témoignage plus éloquent de la vivacité de la littérature nordique aurait-on pu observer ? Quelle garantie aussi de la passion de raconter ?
S'il faut admettre que la connaissance du Kalevala n'est pas notre plus grand dénominateur commun, les  représentants de la littérature du Nord jalonnent réellement nos existences. Sans vouloir en faire l'énumération, évoquons tout de même Andersen, Kirkegaard, Strindberg et Ibsen.
Amusons-nous des héros de la littérature jeunesse, en culotte courte comme Nils Holgersson, ou en longues chaussettes comme Fifi Brindacier, solitaires ou en famille comme les Moumine !
La Scandinavie, quelle terre d'encre en réalité !
C'est indéniable, le phénomène Millénium a porté haut et loin les couleurs de la littérature policière nordique. Mais pour tous les lecteurs curieux, cette île des dommages, selon son étymologie, est en réalité une fourmilière d’écrivains.
Les lecteurs se souviennent certainement de cette incroyable lame de fond qu'a représenté Jostein Gaarder avec Le monde de Sophie, véritable bouleversement des codes puisqu'on y découvre la philosophie au gré d'une sorte de roman à intrigues.
Jusque- là, les occasions pour les libraires, bibliothécaires et amateurs de lecture de savourer les consonances des patronymes nordiques s'étaient quelque peu étiolées avec le tarissement de l'intérêt pour les romans policiers du couple suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö. Non que les grands classiques des littératures du Nord soient boudés. Mais il fallut le talent de nouvelles générations de traducteurs, la passion d'éditeurs convaincus qu'il fallait faire découvrir aux lecteurs francophones leurs auteurs préférés, pour que nous soient livrés de grands bonheurs de lecture. La traduction d'auteurs jusque là totalement inconnus en terres francophones se fit dès lors remarquer. Soulignons l'engagement remarquable de Suzanne Juul qui, en créant les éditions Gaïa dès 1993, nous a donné l'occasion de rentrer de plain pied dans la littérature nordique contemporaine, que ce soit en publiant la formidable oeuvre d'Herbjorg Wassmo ou les  "racontars" truculents de Jorn Riel. Les éditeurs des maisons Circé mais aussi Actes Sud, Gallimard, Lattès ou Stock nous ont permis d'assouvir notre faim de découvertes. Toute cette émulation s'est nourrie et enrichie au fil d'événements récurrents comme le Festival des Boréales qui déploie depuis les années nonante tout un environnement culturel faisant la part belle à cet univers. La création du département d'études nordiques à Paris IV et à Caen, l'édition 2011 du Salon du livre de Paris ont aussi grandement contribué à donner de la visibilité à ces littératures et leurs acteurs, à entretenir l'intérêt qu'ils représentent. Il serait profondément injuste d'évoquer tous ces vecteurs et de passer sous silence le rôle de Régis Boyer, traducteur infatigable, spécialiste des mythologies et promoteur assidu des cultures nordiques.
Et cette année Morges accueille la Scandinavie en hôte d’honneur. Voilà donc l'occasion de rencontrer les  plus grands noms de la littérature scandinave contemporaine. Oui, oui, bien des occasions de croiser, sur les quais, des écrivains venus du Danemark, de Norvège et de Suède.
Oui oui, une occasion de croiser Katarina Bivald, Leif Davidsen, Erika Fatland, Nikolaj Frobenius,  Anna Grue, Catharina Ingelman-Sundberg, Ingar Johnsrud, Jonas Karlsson, Kim Leine, Anne-Cathrine Riebnitzsky, Viveca Sten, Johan Theorin ou encore Hanne Ørstavik.
Qu'ils soient d'une certaine façon les dignes héritiers de Mankell ou de Sjöwall et Wahlöö,
d'Ibsen ou  de Vesaas, chacun a sa voix singulière et saura nous enchanter.
Chacun est sans doute à sa manière porteur de cette lumière, celle du Nord, évoquée justement par Régis Boyer, cette "lumière qui a la vertu de transfigurer toutes choses et d'abolir les distances, de hanter l'univers le plus banal, de tout métamorphoser..."

Bienvenue à Morges sur les Quais.