Lola Lafon

Lola Lafon est notamment l’autrice de La Petite Communiste qui ne souriait jamais (Actes Sud, 2014 ; Babel n° 1319, prix Ouest-France / Étonnants Voyageurs, prix de La Closerie des Lilas, prix Version Femina) et de Mercy, Mary, Patty (Actes Sud, 2017 ; Babel n° 1618). Musicienne, elle a signé deux albums chez Harmonia Mundi.

 

Chavirer (Actes Sud)

En 1984, Cléo, treize ans, succombe à une proposition alléchante qui n’est autre qu’un piège sexuel dans lequel elle entraîne d’autres collégiennes de son âge. Trente ans plus tard, après une belle carrière de danseuse, notamment sur les plateaux télévisés de Drucker dans les années 1990, Cléo comprend qu’il est temps d’affronter son double passé, de victime et de coupable. Avec ce roman ardent qui est aussi un hommage au monde de la variété populaire, Lola Lafon aborde de front le tabou de la prédation dans ses rapports avec la fracture sociale tout en proposant une pénétrante méditation sur les impasses de la morale et du pardon. “Chavirer n’est pas Chuter ni faire naufrage ; c’est un vacillement, une inclination pour le bouleversement. C’est un mouvement, un geste : celui que Cléo n’a pas esquissé quand elle aurait dû le faire. Cléo est le corps du texte, un corps vêtu de paillettes qui reflètent la lumière mais s’incrustent dans la chair : celui d’une danseuse anonyme au sourire contractuel et faux-cils obligatoires, qui, sur les plateaux de télévision des années 1990, s’emploie à divertir un public populaire. À faire oublier à défaut d’oublier. La vie de Cléo est l’étoffe du récit, un tissage de silences comme autant de fils fondus en un lissé satiné. Chavirer est le roman de nos coulisses, de ce qui se joue dans notre part d’ombre, tandis qu’on prétend être indemne. À force de temps, la chair écorchée se reconstitue mais l’écharde affleure. Cléo se cogne à l’impossibilité de se pardonner comme à celle d’être pardonnée.

 

(Photo © Lynn S. K.)