Michel Bühler

L’Autre Chemin (camPoche)

 

Un politicien bien ancré à droite me disait l’autre jour, entre condescendance et ironie : « Toi dont les convictions n’ont pas changé depuis notre jeunesse, tu n’en as pas marre d’être éternellement dans le camp des perdants ? N’as-tu pas le sentiment de t’être trompé toute ta vie ? »

Sur le moment, je n’ai pas su quoi rétorquer. À la réflexion, voici ce que j’aurais dû répondre :

 

La première fois que j’ai manifesté, c’était pour marque mon opposition à l’intervention américaine au Vietnam. Tu nous traitais de gauchistes, d’ennemis de l’Occident et de la démocratie. Oserais-tu maintenant soutenir que cette guerre n’était pas une saloperie inutile et cruelle ? Entre nous : j’avais raison.

Je me souviens d’un samedi à Kaiseraugst, là où tu voulais implanter une centrale nucléaire, indispensable au pays ! Nous étions des milliers à dire non. Tu nous accusais de vouloir mettre à bas l’économie, nous étions de mauvais Suisses, des traîtres à la patrie ! Kaiseraugst ne s’est pas construite. Pourtant le pays n’est pas ruiné. J’avais raison.

J’ai témoigné plus tard au procès d’un objecteur de conscience. Pour toi, ces idéalistes préparaient le lit des hordes barbares venues de l’est, et s’apprêtaient à livrer nos femmes aux violeurs de toutes sortes. Maintenant, l’objection de conscience est admise, les convictions différentes respectées. Désolé mais, là aussi, j’avais raison…

La dernière fois que j’ai rejoint des protestataires, c’était pour suivre un cours de fauchage, pour être prêt au cas où Monsant et toi-même parviendriez à imposer les OGM dans nos champs. Il est un peu tôt pour juger, mais je crois hélas que le temps dira que j’ai eu raison.

Cela dit, mon vieux, si tu as besoin de conseils, n’hésite pas à me rappeler !

 

(Photo © Philippe Pache)

 

 

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