Quentin Mouron

Quentin Mouron est né en 1989, à Lausanne. En 2013, il reçoit pour son premier roman Au point d’effusion des égouts le prix Alpes-Jura, décerné à Paris par le jury de l’Association des Ecrivains de Langue Française (A.D.E.L.F). Il collabore avec plusieurs journaux suisses : Le Temps, Le Régional ou Le Matin Dimanche. Sa plume acérée provoque des réactions parfois hostiles, souvent enthousiastes.

En 2015, Quentin Mouron publie son 4e roman, Trois gouttes de sang et un nuage de coke, aux éditions de la Grande Ourse (Paris). Le livre connaît un joli succès et fait l’objet d’une sortie en poche, aux éditions 10/18. Puis, en 2016, il publie l’Âge de l’héroïne, aux éditions de la Grande Ourse. Ses ouvrages ont été traduits en anglais et en allemand et ainsi vendus aux USA, au Canada, en Angleterre, en Allemagne, entre autres. Son 2e roman, Notre-Dame-de-la-Merci (paru en 2012) est en cours d’adaptation pour l’opéra par la metteuse en scène canadienne Jeanette Aster.

 

Vesoul le 7 janvier 2015 (Olivier Morattel)

Début janvier. Un jeune cadre prend le narrateur en auto-stop. Ils roulent jusqu'à Vesoul, en Haute-Saône. Rapidement, les événements s'enchaînent : les deux hommes sympathisent, se découvrent une même envie d'adhérer au monde. Ils fréquentent tour à tour un salon du livre, un festival des sexualités, un congrès entrepreneurial. À la manière de Bouvard et de Pécuchet modernes, ils s'enthousiasment pour les discours et les pratiques les plus contradictoires. À leur insu, ils inventorient les ridicules de notre temps, ils cartographient l'époque.

Mais ces deux enthousiastes se heurtent à la réalité sinistre dessinée par tous ceux qui refusent le nomadisme, le picaresque, la légèreté. Les sédentaires – religieux, nationalistes, populistes – leur donnent la réplique. Trois jours durant, les affrontements s'enchaînent entre les deux camps. Les événements se succèdent jusqu'au vertige, jusqu'à l'hallucination. Comme le dit l'un des personnages, « le monde entier est à Vesoul et Vesoul est le monde entier. »

Picaros contre sédentaires. On lit en filigrane la montée des populismes en Europe, l'explosion de la violence sociale, la détresse des populations marginalisées, le fanatisme religieux comme réponse absurde à l'absurdité du monde. Au fil des pages, on rit noir, on rit jaune. On finit par ne plus rire du tout. La comédie est abouchée à la tragédie. Le roman se termine le janvier 2015, tandis que la rédaction de Charlie Hebdo est prise d'assaut par un commando de terroristes. Les écrans des smartphones retransmettent le drame en direct. Le fameux hashtag #jesuischarlie se popularise. Et si les attentats font de nombreux heureux – un sentiment de liesse est très nettement palpable sur certains réseaux sociaux – ils seront rapidement réduits aux marges, annihilé par la puissance des discours et des hommages. En d'autres termes : les sédentaires ont gagné une bataille, les picaros ont remporté la guerre.

Vesoul, le 7 janvier 2015 est le livre de l'insignifiance, des discours creux, des vies pour rien et des morts gratuites. Avec ce sixième roman, Quentin Mouron, écrivain, canado-suisse, se place dans les pas du Beckett de Molloy ou du Gombrowicz de La Pornographie ou du Marcel Aymé de la Jument verte, et signe une farce à l'arrière-goût de tragédie.