Anne-Lise Rod

Anne-Lise Rod habite et pratique la psychothérapie à Sion.

 

Eclats de vie

Ces quatre nouvelles reliée finalement par un gypaète qui incarne le narrateur omniscient  manifestent toutes la cruauté de destins humains et les tentatives douloureuses de la maîtriser, de la comprendre,  d’en triompher ou au moins de l’accepter.

Ce qui nous a séduit c’est l’accumulation de circonstances dramatiques, leurs enchaînements, leurs révélations successives, qui peuvent paraître improbables et ensuite leur irréversibilité factuelle bien réelle (les morts ne se relèvent pas) et enfin leur digestion, leur compréhension  par les héros qui évoluent et se transforment.

Tout se déroule dans des paysages variés : Corse, Néguev, Midi de la France, ou couvent valaisan, parfois désertiques, souvent silencieux comme  une illustration de la fonction curative de la nature. La création artistique y joue aussi son rôle et enfin la spiritualité dans une tradition judéo-chrétienne.

Il s’agit en fin de compte de résilience et de quête du sens de l’existence et de la vie. La littérature n’est-elle pas toujours tentative de réparation ?

Les histoires sont contées dans une langue agréable et dialoguées avec fraîcheur même s’il s’agit souvent de situations dramatiques que la littérature a toujours illustrées, divorce, meurtres, parricide, addictions, jalousie, manque d’amour, abandon d’enfant, bâtardise, procès en paternité, dépression, que l’amour et le dialogue amical, souvent thérapeutique ne peuvent toujours réparer. La violence n’est pas exhibée comme objectif, elle est le prétexte à cette lente sortie de l’enfer.

Cette façon de conter des drames humains imaginaires et quotidiens, tout ne se joue-t-il pas dans l’imaginaire ? Sans  exhibitionnisme, avec pudeur et franchise, sensibilité et finesse,  comme en un lent accouchement, devrait pouvoir  apporter aux lecteurs plaisir et satisfaction. L’être humain ne doit-il pas apprendre à utiliser sa violence, la maîtriser ou la sublimer. C’est un livre porteur d’espoir.

Nous avons aussi aimé le contraste entre une narration douce, qui chemine pas à pas comme une thérapie, une maïeutique,  une prise de conscience, non pas du type héroïque ou spectaculaire, coup de foudre ou chemin de Damas,  et la thématique de la destruction implacable des héros, finalement transmutée  par cette douceur lente.

En une phrase :

La littérature populaire aurait métaphorisé ces scénarios en histoires  de zombies et de ténèbres, mais ici dans des nouvelles réalistes improbables, les héros morts, ou au moins dépressifs, reprennent leur vie en main, la réparent  par le dialogue et la création transformant l’horreur en lumière.