Denise Muths

Marielsa

 

Les soeurs sont venues et les quatre filles se sont installées autour de la Mère. La chambre s'est remplie de mots et de gestes tendres. Il faisait nuit depuis longtemps quand, tout doucement, la dernière flamme s'est éteinte, le dernier souffle a passé, abandonnant le même sourire sur les lèvres de La Mère. Les soeurs ont fermé ses paupières caressé son visage, peigné ses cheveux, embrassé son âme. Avec de gestes maternels, elles lui ont mis sa robe de sois. Elles ont pleuré. Marielsa est restée forte. C'est une nuit étrange qui réunit les soeurs. La maison est paisible, mais trop silencieuse pour que Marielsa puisse y trouver le sommeil. Sans cesse, Elsa pense au geste de La Mère. Elle est triste de ne pas l'avoir compris. Mais surtout, elle en veut à Marie, à cette soumission qu'elle affiches parfois. Ce matin, à l'école, il aurait suffi de répondre au directeur: "c'est bien que tu sois là. Je te confie ma class. Je viens d'apprendre que ma maman est au plus mal. Je file la rejoindre." Soixante minutes de gagnées pendant lesquelles La Mère aurait encore eu la force de dire le geste. Mais une fois de plus, il a fallu que Marie obéisse. Qu'elle empêche Elsa de suivre son instinct. Oui. Elsa est fâchée. Non elle ne parvient pas à trouver le repos. Même si partout dans la maison flotte le dernier sourire de La Mère. Elsa ne peut accepter l'idée ne n'avoir pas su comprendre sa dernière volonté. Elle en est de là de sa colère quand la voix de la soeur du milieu lui parvient, de la chambre voisine : "il y a quelques temps, j'ai promis à La Mère qu'on irait à cheval répandre leurs cendres. Qu'est-ce que j'ai bien fait!"