Eugène

Présence durant les éditions :

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Eugène est né à Bucarest. Arrivé en Suisse à 6 ans, il vit à Lausanne. Il est auteur de littérature (jeunesse et adulte), de pièces de théâtre, de nouvelles, de contes, etc. et enseigne à l’Institut littéraire suisse de Bienne. Ses textes, notamment La vallée de la jeunesse, ont reçu plusieurs prix et fait l’objet d’adaptation et de traduction.

 

Lettres à mon Dictateur (Éditions Slatkine)

« Nicolae, Je suis né dans le pays que tu as tyrannisé pendant vingt-deux ans. Mes parents ont fui ta police politique et ton régime de terreur quand j’étais encore un enfant. Ils se sont réfugiés en Suisse, un pays qui accorde à ses citoyens le droit d’organiser des référendums sur n’importe quel sujet et qui change de président tous les douze mois. Tu as été fusillé l’année de mes vingt ans. Aujourd’hui, j’en ai cinquante. Trente ans que tu habites dans ta tombe, Nicolae. Je suis devenu quelqu’un que tu n’aurais sans doute pas apprécié. Mes histoires évoquent l’absurdité du monde et j’adore l’ironie. Bref, je mets un point d’honneur à ne rien avoir en commun avec toi. Pourtant je te dois quelque chose… Quelque chose d’énorme. »

Un jour, ma mère m’a appris que j’avais une dette envers quelqu’un. Un type que ni elle ni moi n’aimions. Je ne savais pas quoi faire de cet aveu. Alors, je l’ai enfoui dans un recoin de ma conscience. À cinquante ans, j’ai décidé d’écrire une lettre à cet odieux personnage. Pour mieux comprendre et peut-être me libérer de cette dette. Je croyais en avoir pour quelques soirs, mais ça m’a pris des mois. Car ce n’est pas tous les jours qu’on écrit à… Nicolae Ceausescu, tyran de la Roumanie pendant vingt-deux ans. Plus j’écrivais, plus je réalisais que Ceausescu a toujours fait partie de ma vie. Même s’il a été fusillé l’année de mes vingt ans, il n’est pas sorti de mon existence pour autant.

Dans sa Lettre à mon dictateur, Eugène raconte avec sincérité son parcours de migrant, puis d’écrivain. Il évoque cette Europe coupée en deux par un Rideau de fer, mais révèle aussi les paradoxes de notre monde soi-disant libre, surveillé en permanence par des milliers de caméras.