Fabrice Gaignault

Rédacteur en chef Culture et Célébrités de Marie Claire, Fabrice Gaignault a publié plusieurs ouvrages dont Le dictionnaire de Littérature à l’usage des snobs (Le Mot et Le Reste), et L’eau noire (Stock). Vies et mort de Vince Taylor clôt sa trilogie rock entreprise avec Egérie Sixties (Fayard) et poursuivie avec Aspen Terminus (Grasset).

1960. Un rocker anglais se faisant passer pour un Américain menace de détrôner un Belge se faisant passer pour un Français. C’est l’histoire de Vince Taylor contre Johnny Hallyday, mettant le feu à l’Olympia, provoquant des émeutes, l’hystérie des femmes, une débauche d’articles dans la presse. Vince Taylor, de son vrai nom Brian Maurice Holden (1939-1991), fut une comète éblouissante dans le ciel du rock’n roll. Un ange en cuir noir à la présence scénique inégalée. Sa façon reptilienne de se mouvoir, son regard inquiétant, sa voix sensuelle, son aura diabolique, le placent très vite au-dessus de la mêlée des rockers français.

Mais bientôt le poulain d’Eddy Barclay voit s’éloigner une gloire à portée de main. Trahi par le showbiz, victime d’une réputation sulfureuse, faisant des mauvais choix artistiques, celui qui inspirera le personnage de Ziggy Stardust à David Bowie et qu’admirent Joe Strummer et Van Morrison s’éloigne dans la folie, la drogue, les hallucinations mystiques. Se prenant pour la réincarnation de Saint Mathieu après avoir pris de l’acide avec Bob Dylan, Vince Taylor saborde définitivement sa carrière lors d’un show calamiteux devant un tycoon de Hollywood qui souhaite en faire une star aux Etats-Unis. Brisé, délirant, sdf, ce looser magnifique va passer le reste de sa courte existence en come-backs, parfois splendides, souvent désastreux. Jusqu’à la mort en Suisse, apaisé et oublié.

(Photo © Virgile Biechy)