Kyra Dupont Troubetzkoy

Kyra Dupont Troubetzkoy, de nationalité franco-suisse, est née en 1971 à Genève. Après des études de relations internationales et de journalisme, elle débute une carrière à cheval entre humanitaire et médias au Kenya, en Bosnie Herzégovine et au Cambodge. Elle travaille de nombreuses années entre télévision, radio et presse écrite en Suisse et à l'étranger –notamment pour 24 Heures dont elle dirige la rubrique étrangère de 2003 à 2005 – avant de se consacrer exclusivement à l’écriture.

Parachutée de par sa maternité dans une vie plus sédentaire, elle en fait la chronique caustique et décalée dans Petit essai assassin sur la vie conjugale, aux éditions Luce Wilquin (2011). Puis elle décide d'exploiter ses nombreuses rencontres entre journalisme et parcours de vie dans Le hasard a tout prévu (mai 2013) chez le même éditeur. Mariée et mère de deux enfants, elle vit depuis septembre 2012 aux Emirats Arabes Unis où elle travaille sur un projet de livre autour des femmes émiriennes, animant un blog sur le même thème.

Devant lui, la voie. Juché sur le toit du premier wagon, Sorithy laisse son regard errer le long des rizières, les yeux noyés dans le vert anis des pousses tendres. Plus tard, il mangera si l’occasion se présente. Un bol de riz, en tout cas. Pour l’heure, le petit garçon joue les capitaines. C’est un beau matin de décembre, un de ces matins cristallins de la saison sèche. Du haut de ses dix ans, il lui semble que rien ni personne ne décide à sa place. Il est seul maître à bord. C’est son train. Une locomotive Pacific française à vapeur, un modèle inauguré par le roi Sihanouk en 1969. Aujourd’hui, elle ne dépasse plus les vingt kilomètres à l’heure mais cela suffit à l’exalter. Le vent qui lui fouette le visage aplatit ses cheveux pourtant courts, siffle dans ses oreilles et s’engouffre dans ses narines, dans sa bouche et la rend sèche, donne du souffle à son cœur. Le carburant dont il a besoin pour nourrir tout l’aplomb qu’il affiche... Ce train, c’est sa maison, c’est son idée. Pas question de retourner vivre à Phnom Penh, ni de fréquenter les bancs de l’école. Cette belle machine décatie, c’est son évasion et sa course, son chemin de liberté.

(Photo © Magali Girardin)