Loren Capelli

Si Loren Capelli est plus connue pour son travail dans le champ du livre jeunesse (Le Petit Poucet, Passage piétons, 2006 – C’est Giorgio avec Corinne Lovera Vitali au Rouergue en 2008, album qui a reçu le Prix Rhône-Alpes du livre jeunesse), elle creuse un sillon tant en explorant le livre sous toutes ces coutures que dans le cadre de ses expositions ou de ses travaux de commande (The New York Times, l’Opéra de Lille, etc.). Elle y inscrit chacun de ses gestes de dessinatrice, peintre, graveuse, sculptrice, dans la construction d’une œuvre obsessive et singulière qui élabore une cartographie intime notamment centrée sur la question de l’enfance.

 

De ma fenêtre

De ma fenêtre, la narratrice voit la montagne, familière ou inquiétante. Mais elle exprime aussi sa façon personnelle d’envisager les choses. Le temps passe, les choses apparaissent, disparaissent mais où est passé son père ? Entre 7 et 8 ans, il y a des routines, Maman au jardin, le petit voisin, les anniversaires, le long hiver. Mais il y a aussi un choc, ténu, « plus de repère » d’un côté, « la vie reprend son cours ma bichette Maman me dit toujours », de l’autre.

Tout en allusion, l’auteure-illustratrice esquisse l’environnement de l’héroïne. Sa chambre, la pièce de son père étaient dans un bouillonnement créatif, un fatras d’histoires à raconter. A l’opposé, l‘anniversaire, l’univers de maman se déroulent dans une ambiance chaleureuse mais vide. Est-ce la raison du hiatus que l’on sent dans la vie de l’héroïne ?

Deux ambiances, deux styles d’illustration : dessin crayonné ou lavis, deux univers reliés entre eux par la couleur bleu vert, émeraude de la montagne ou de la rêverie. Ouvert aux questions et aux interprétations, Loren Capelli signe un livre poétique et mélancolique comme la prise de conscience du temps qui passe et des conséquences que cela entraîne. La grande montagne, « elle a rapetissé », la petite fille, elle a grandi ?