Yannis Kiourtsakis

Yannis Kiourtsakis, né à Athènes en 1941, est l’auteur de nombreux essais sur le folklore grec et la langue grecque. La publication de sa trilogie romanesque a fait de lui un intellectuel écouté et considéré. À l’heure où la Grèce, en pleine tourmente économique, ne cesse de faire parler d’elle, il incarne exemplairement la dimension européenne de l’esprit grec et apparaît comme un témoin majeur de notre temps.

Double exil
Double exil est le second volet de la grande trilogie romanesque de Yannis Kiourtsakis dont la traduction du premier volume, Le Dicôlon, a été remarquée par la critique.
L’auteur revendique fermement d’avoir écrit un roman, en même temps qu’il ne nie pas sa dimension biographique. Le récit est rédigé à la troisième personne, sans masquer pour autant que le héros et l’auteur du livre précédent ne font qu’un.
Ce « édoublement» est le signe sous lequel est placée la totalité de l’œuvre de Kiourtsakis: on se souvient que, dans Le Dicôlon, le centre de gravité de la narration était occupé par la relation complexe du narrateur avec son frère aîné dont le suicide était pour lui une énigme à élucider.
Dans Double exil, Yannis Kiourtsakis quitte la Grèce pour venir, comme son frère, étudier en Europe: il choisit Paris et la faculté de droit; il y rencontre une Française, Gisèle, sa future épouse. Le roman les accompagne à travers les années sombres de la dictature des colonels (1967-1974), puis au temps des premières années du retour du pays à la démocratie, avec l’avènement de la République.
Si l’exil est double, pour le héros de ce livre, c’est qu’il se découvre deux patries – la France s’ajoutant à la Grèce – sans appartenir pleinement à l’une ni à l’autre. Mais l’écriture opère chez le romancier une métamorphose qui, pour finir, fera de lui un écrivain grec trouvant dans les mythes populaires de son pays un moyen de se comprendre. Comme à la fin de la Recherche, le héros entrevoit soudain ce que sera son futur livre.

(photo © D.R.)