Yves Laplace

Né à Genève en 1958, auteur d’une vingtaine d’ouvrages, passionné d’histoire et de théâtre –il a signé dix pièces–, enseignant, photographe et arbitre de football, Yves Laplace est avant tout romancier. Il a obtenu les prix Schiller (pour Fils de perdition, Seuil), Dentan (pour On, Seuil) et Pittard de l’Andelyn (pour L’Inséminateur, Stock). Ses textes donnent la parole à des irréguliers: enfants perdus, fous, visionnaires, persécuteurs ou martyrs, dont les divagations traduisent le fracas et la beauté du monde.
Outre Plaine des héros, il vient de publier Reprise – De Sarajevo à Srebrenica vingt ans plus tard (éditions d’en bas), refonte intégrale de ses réponses littéraires à Peter Handke, et à d’autres, sur la guerre de Bosnie.
Il poursuit également avec Valérie Frey un travail de littérature et photographie mêlées, d’où est issu leur récent ouvrage Archipel des passants (Infolio), présenté l’an dernier au Livre sur les quais.

 

Plaine des héros
Paru ce printemps chez Fayard, Plaine des héros est un roman-enquête consacré à Georges Oltramare (1896-1960), à sa femme Olga d’origine russe, à leur neveu Grégoire Dunant né en 1942, et au père naturel de celui-ci, Casimir Oberfeld, mort dans la «marche d’évacuation» du camp d’Auschwitz en janvier 1945. Un voyage dans l’Oural en compagnie de Grégoire fait resurgir le passé et livre de nombreux secrets.
Qui se souvient encore du «beau Géo», surnom d’Oltramare ? On l’appelait aussi le petit Duce de Genève. En organisant dans cette ville un meeting fasciste, le 9 novembre 1932, il est à l’origine de la fusillade qui fit treize morts sur la plaine de Plainpalais. Dramaturge, pamphlétaire, collabo, condamné à mort en 1950 (par contumace) en France, il mourra oublié en Suisse, non sans avoir, dans sa vie précédente, croisé Céline à Sigmaringen.
Au-delà du cas Oltramare, la figure de son neveu bien réel est le pivot de Plaine des héros. Grégoire est partagé entre son père véritable Oberfeld, son père légal Dunant (lui-même descendant d’Henry Dunant et délégué du CICR à Terezin) et son innommable père de cœur… L’impossible quête de paternité qui est la sienne –et qui est, sans doute, celle de tous les enfants perdus du XXe siècle– devient le moteur du récit. L’irrationalité de l’obsession antisémite et ses conséquences meurtrières éclatent au sein même d’un «roman familial».