Antoine Jaccoud, Country

Antoine Jaccoud écrit pour le cinéma et le théâtre, de la poésie et de courts récits. On rit en le lisant ou en l’écoutant, beaucoup, souvent jaune. L’oralité de son style est le vecteur d’une ironie parfaitement maitrisée. Son dernier livre, Country, est un recueil de courts récits, des histoires à chute inspirées du quotidien. La cible du sarcasme est le suisse moyen ou bien l’archétype du voisin, entendez par là: le lecteur et pourquoi pas l’auteur lui-même. Tous sont pétris d'a priori, de peurs irrationnelles et de méfiance face à ce qui lui est étranger. Chacun se raccroche à son chez-soi, à son «country». Sous-tendu tout au long du texte, le sujet brûlant de l’égard porté aux migrants s’impose alors comme un thème majeur du livre. Ici, par exemple, après avoir déniché un ticket Low cost pour 12,50 francs, Monsieur Tout-le-monde raisonne: «On a pensé à tous ces réfugiés qui payent cinq ou dix mille balles pour traverser La Méditerranée. Est-ce qu’ils se font pas un peu avoir quand même ?». Un autre court texte de Jaccoud paru dans le dernier numéro de La couleur des jours,« Au Pirée, purée », se sera d’ailleurs rappelé plusieurs fois à l’auteur de cette critique durant ses vacances en Grèce.

Librairie La Méridienne

Maëlle Guillaud, Lucie ou la vocation

Lucie est une jeune étudiante qui cherche quel sens donner à sa vie, tiraillée entre le rêve d'une brillante carrière et son amour irrépressible pour Dieu. Elle va partir en voyage à Taizé, s'inscrire à des cours de prière, passer quelques jours aux côtés des novices d'un couvent et à la fin de ses études Lucie va devenir soeur Marie-Lucie, au grand dam de sa mère et de sa meilleure amie Juliette, blessée que Dieu lui vole son amie.

Sceptique mais fidèle, Juliette affligée va suivre le parcours et les étapes de la vie de soeur Marie-Lucie, heureuse, exaltée, rayonnante, de la cérémonie des novices, à la prise du voile, puis au fil des marches grimpées péniblement dans la hiérarchie de la congrégation. Etapes fascinantes et douloureuses, jalonnées d'événements quotidiens éprouvants et humiliants, sous le règne d'une Mère Supérieure toute puissante. Aucun écart n'est permis, seules comptent la dévotion à Dieu et l'humilité. Nulle amitié, pas d'empathie, aucune confiance possible dans les murs du prieuré, un chemin de croix solitaire va mener soeur Marie-Lucie à devoir faire des choix sans concession.

Maëlle Guillaud nous dépeint avec beaucoup de finesse et de subtilité le portrait désespéré d'une jeune femme fragile mais dont la volonté est dramatiquement infaillible. Au fil des pages, des mois et des années vous allez souffrir avec Marie-Lucie, vous allez espérer avec elle, vous décourager avec elle, vous fâcher contre elle, sentir la morsure de la trahison et tenter de cerner si elle est manipulée ou si elle s'est trompée.

Josée

Michel Layaz, Louis Soutter, probablement

Au départ. Ne rien connaître de Louis Soutter, si ce n’est, probablement, son nom. Ne rien savoir de son œuvre sauf peut-être un souvenir: des personnages épais, noirs, entraperçus dans un livre d’art comme enfant.
Et au tomber dans l’histoire, engloutir une vie, deviner, imaginer, compléter, y croire. Reconnaître une époque. Etre touchée. Comme une barque souhaiter par moment offrir son bras à Louis.
Dans la rue le lendemain, arrêter son regard sur les quelques petits vieux voûtés, marchant seul, chapeau en crâne, en main, regards sur les pavés ou sur les toits. Se demander.
Se rappeler surtout un 28 juillet 2015, pas loin des pyramides de Vidy, proche de minuit. Michel soudain de confier ce qu’il a sur le feu. «Vous connaissez Louis Soutter?». Certains de répondre non, d’autres oui, d’autres un peu. Et il raconte – comme il le fait si bien, en digressant, hésitant, flot de pensées en parallèle, curieux, passionné, les paumes avec – ce livre à naître. Ses doutes (devrait-il ordonner chronologiquement les événements ?). Ses recherches. Sa prochaine visite à Ballaigues. Et souvent de répéter avec effroi : pendant dix-neuf ans dans un asile, oublié de tous.
Dans Louis Soutter, probablement, Michel Laya rend avec brio – sur un déroulé d’années – tant l’émotion que la matière, les couleurs, les instants d’immobilité ou de terreur. Et au contact de sa plume, de son Louis, et comme la peinture de l’artiste, on se délie de la page avec un regard un peu voilé sur les choses, un regard un peu différent.

Cyrielle Cordt-Moller, Librairie L’étage

Agnès Laroche, Duo pour une enquête

Un roman policier pour les jeunes, une chouette enquête sous fond d'amour et de musique...
L'histoire de Léonard, un jeune garçon qui décide de prendre des cours de piano pour se rapprocher de Violette, la jolie fille du bus qui ne parle pas...
Un mercredi après-midi où Léonard part à son cours, il trouve son prof, M. Winkler par terre, victime d’une attaque cérébrale. Dans un moment de lucidité, celui-ci arrive à dire à Léonard qu’on lui a volé son bien le plus précieux. Léonard appelle le Samu et la police, qui ne fera rien…
Il se confie à Violette et lui demande d’enquêter avec lui, afin de retrouver le bien volé de M. Winkler.
Dans la suite du roman, nous allons découvrir que Violette est bègue, ce qui explique qu'elle ne parle pas beaucoup, que le bien de M. Winkler était un violon qui avait appartenu à Mozart mais qui avait déjà lui aussi été volé, et que M. Winkler avait une amoureuse qui va remonter à la surface...
Un super roman, une super enquête, où l'enfant, qu'il soit fille ou garçon, pourra forcément s'identifier à l'un ou l’autre des personnages centraux. La très belle plume d’ Agnès Laroche nous donne envie de plonger dans ses autres romans...

Librairie Page d'Encre

Elisa Shua Dusapin, Hiver à Sokcho

Une entrée tout en grâce dans la littérature romande! Elisa Shua Dusapin nous offre un premier roman délicat servi par une écriture à la ligne pure.
A Sokcho, ville portuaire de Corée du Sud, la rencontre entre une jeune femme franco-coréenne travaillant dans une petite pension familiale et un client de l’auberge, lui auteur de bande-dessinée français venu trouver l’inspiration dans cette région du monde.
Entre ces deux êtres une relation tentera de se tisser à travers une observation réciproque subtile, des désirs non avoués. Une quête de rencontre qui maintiendra le lecteur dans une attente et une tension douce tout en évocation. En toile de fond, et toujours avec beaucoup de délicatesse, une description et une immersion fine dans le quotidien et les traditions sud-coréennes ainsi que de sa gastronomie.
Née en 1992 d’un père français et d’une mère sud-coréenne, Elisa Shua Dusapin est diplômée de l’institut littéraire suisse de Bienne. Hiver à Sokcho (Zoé, 2016) est son premier roman, celui-ci a reçu le Prix Robert Walser en juin 2016.

Librairie L'étage