Les éditions de L’Olivier

Au tournant des années 90, plusieurs éditeurs épousent sans le savoir les tendances encore cachées de la décennie à venir.

La première de ces tendances découle directement de la mondialisation. La littérature étrangère, enfermée depuis longtemps dans un rôle de prestige, envahit les librairies. Animé d’une curiosité sans frontières, le public la plébiscite, avec une préférence marquée pour les anglo-saxons, alors en pleine mutation.

Dans le même temps, une nouvelle vague d’auteurs français fait son apparition. Une bonne partie d’entre eux va occuper la place de manière durable. Loin des querelles, désormais dépassées, sur l’engagement, Tel Quel et le Nouveau roman, ils apportent un souffle d’air frais dans le roman français.

Les éditions de l’Olivier sont, avec quelques autres, au premier rang de ces transformations, qu’elles contribuent à enraciner. C’est l’époque où L’Olivier récolte ses premiers grands prix (Renaudot, Femina, Medicis étranger, prix du livre Inter, etc.), ses premiers best-sellers (Geneviève Brisac, Agnès Desarthe, Marie Desplechin, Michael Ondaatje et son Patient anglais, Jay McInerney avec Trente ans et des poussières.).

Une des particularités de L’Olivier est d’être alors une des rares maison d’édition de taille moyenne à « marcher sur deux jambes » : alors que la plupart des autres se spécialisent dans un domaine, français (Minuit, POL, Verticales) ou étranger (Bourgois, Métailié), L’Olivier projette une double image. Ce dynamisme éditorial se manifeste à travers la découverte de nouveaux auteurs, la création de plusieurs collections « culte » (Soul Fiction, Olivius, la Petite Bibliothèque Américaine, penser/rêver). Et la publication de livres qui font événement : Les Corrections (J. Franzen), Middlesex (J. Eugenides), La Route (Cormac McCarthy), Une vie française (J.-P. Dubois), Le quai de Ouistreham (F. Aubenas), et bien d’autres encore.

En l’espace d’une génération, L’Olivier s’impose comme une maison d’édition incontournable. C’est le fruit du travail d’une petite équipe au flair indiscutable, et de la loyauté de son actionnaire, Le Seuil, qui soutient la maison depuis 27 ans sans jamais intervenir dans ses initiatives éditoriales.